Les abbesses de Sainte-Cécile de Solesmes

Mère Cécile Bruyère : 1867-1909

Mère Cécile Bruyère était douée d'une haute intelligence, d'une énergie très virile tempérée par une grande sensibilité féminine. Elle a transmis son amour de l’Église et de la liturgie dans un petit traité théologique et mystique : La Vie spirituelle et l’Oraison, d’après la Sainte Écriture et la Tradition monastique, publié en 1886.

En raison du rayonnement de dom Guéranger, le jeune monastère exerça très vite une grande attraction dans le monde monastique. Des maisons de fondations récentes venaient demander conseil et bénéficier, par le biais de la communauté de Sainte-Cécile et de son abbesse, de l’expérience du père abbé. Ainsi mère Marie Cronier de Dourgne et surtout les bénédictines de Maredret dont les fondatrices vinrent se former à Sainte-Cécile avant de rejoindre leur monastère belge. Des abbayes plus anciennes aussi, comme Saint-Nicolas de Verneuil, sollicitèrent l’appui de mère Cécile qui y répondit généreusement

En 1893, de fausses accusations furent portées contre la première abbesse de Sainte-Cécile. Atteinte dans son honneur et dans l’œuvre même à laquelle sa vie s’était dépensée, mère Cécile ne se départit jamais d’une paix qu’elle sut propager autour d’elle. Elle offrit largement son pardon, mais l’épreuve qui n’avait entamé ni sa foi ni son courage avait ébranlé définitivement ses forces physiques.

Lors de l’exil en Angleterre, mère Cécile fut atteinte d’une paralysie dont l’évolution se révéla inexorable. Elle s’éteignit le 18 mars 1909, après quarante-deux ans de gouvernement. La Congrégation de Solesmes tout entière se reconnaît redevable à son égard, en raison de son rôle maternel et fondateur exercé tant par son enseignement que par sa prière et l’exemple de sa vie.

Mère Claire de Livron qui succéda à mère Cécile Bruyère fut, par sa fermeté et sa douceur, une abbesse très aimée. Elle devait pendant près de vingt ans éclairer par son goût profond de l’Écriture Sainte et de la doctrine monastique l’intelligence spirituelle de chacune de celles qui lui étaient confiées.

Après la tourmente de la guerre de 1914, mère Claire eut la joie de ramener la communauté à Solesmes. Le monastère qui avait été réquisitionné pour loger des soldats belges, pour la plupart repris de justice, puis pour servir d’ambulance, était très détérioré. La remise en état des lieux et la réinstallation furent laborieuses, mais peu à peu la vie monastique reprit son cours normal.

Durant l’année 1928, la santé de mère Claire s’altéra gravement mais jusqu’au dernier jour, elle continua de gouverner son monastère avec sagesse et lucidité, offrant ses grandes souffrances physiques dans la paix et l’amour du Christ.

Le 7 décembre, s’éteignait celle dont le quatrième abbé de Solesmes a pu dire qu’« elle se résumait elle-même dans son nom, tout de blancheur et de clarté. »

D’une grande bonté de cœur, la troisième abbesse de Sainte-Cécile, mère Madeleine Limozin savait que l’exemple agit plus profondément que les discours ; elle voyait dans la garde du silence la garantie de la vraie vie contemplative tout orientée vers Dieu. Elle demandait aux moniales un généreux dévouement, une assiduité aux travaux les plus humbles en toute simplicité, sans aucun retour sur soi.

Les professions émises à Sainte-Cécile furent particulièrement nombreuses durant les années de son abbatiat qui eut pourtant, comme celui de mère Claire de Livron, à traverser la douloureuse épreuve d’une guerre mondiale, plus longue et plus écrasante encore que la première. Il fallut vivre sous l’occupation. L’écriteau “Kloster”, que dom Guéranger avait fait placer en 1870 à la porte extérieure du monastère, fut remis en 1940, arrêtant de nouveau les envahisseurs. Ceux-ci respectèrent toujours la clôture : il n’y eut ni réquisition ni perquisition, mais l’abbesse eut à vivre la grande inquiétude de ses deux moniales anglaises emmenées en camps durant plusieurs mois. L’abbaye accueillit aussi des moniales venant de régions plus éprouvées.

En ces années de guerre, le poids des responsabilités avait pesé lourdement sur mère Madeleine ; au printemps de 1948, au cours d’une grippe qui semblait bénigne, une crise cardiaque révéla soudain que ses jours étaient comptés : le 18 avril, joyeux dimanche du temps pascal, elle remit paisiblement sa vie entre les mains de Dieu, heureuse d’être parvenue à cette rencontre, qu’elle attendait, selon son propre aveu, depuis plus de cinquante ans !

Élue à l’unanimité par la communauté, Mère Gaudentie reçut la charge abbatiale en 1948. Durant son long abbatiat divers événements importants ont marqué la vie du monastère. 1955 vit l’émission des vœux solennels rendus aux moniales par Pie XII et l’établissement de la clôture papale. Après le second Concile du Vatican qui fut porté dans la prière, suivi et reçu avec le zèle empressé que dom Guéranger voulait voir briller en ses moniales pour tout ce qui touche les intérêts et l’honneur de l’Église, ce fut le temps de la révision des Déclarations et autres codes monastiques.

Se trouvant à la tête d’une communauté qui dépassait alors la centaine de moniales, mère Gaudentie fut en mesure non seulement d’apporter une aide fraternelle à d’autres monastères, mais aussi de fonder au loin. Elle envoya d’abord au Sénégal onze moniales qui devaient y établir en pleine brousse, à partir de 1967, un foyer de prière et de louange : c’est le monastère Saint-Jean-Baptiste de Keur-Guilaye.

Puis en 1975, grâce à plusieurs vocations de sœurs martiniquaises, elle donna vie au monastère Sainte-Marie-des-Anges à la Martinique.

Après trente-trois années de gouvernement, sentant ses forces décliner, mère Gaudentie jugea bon de présenter sa démission au père abbé de Solesmes. Elle devait vivre encore dix ans dans sa famille monastique, entourée de l’affection priante de toutes. Éprouvée par la maladie et les infirmités, elle entra dans la joie de son Seigneur le 10 avril 1991.

En 1981, Mère Marie-Bernadette de Maigret fut élue abbesse par la communauté. Encouragée par l’enseignement et l’exemple de Jean-Paul II, elle eut à cœur d’ouvrir largement ses moniales à l’universalité de l’Église, puisant avec enthousiasme dans l’enseignement pontifical.

Entrant dans le sillon de ses devancières, en 1993, elle favorisa l’autonomie du prieuré sénégalais Saint-Jean-Baptiste et la semi-autonomie du prieuré Sainte-Marie-des-Anges à la Martinique tout en poursuivant l'aide nécessaire, notamment pour la formation des jeunes sœurs.

À Sainte-Cécile aussi, le sérieux de la formation des jeunes comme celle des moniales en activité a été une priorité pour Mère Marie-Bernadette tout au long de son abbatiat : grâce à elle, des cours dispensés par les moniales elles-mêmes et des sessions bibliques et théologiques de personnes venues de l’extérieur ont permis d'entretenir l’esprit de foi indispensable pour une authentique vie contemplative.

Le 31 mai 2011, jour où la communauté fêtait le trentième anniversaire de sa bénédiction abbatiale, Mère Marie-Bernadette de Maigret jugea le moment venu de présenter sa démission au Père Abbé de Solesmes et celui-ci l’accepta.

Le 25 juin 2011, le Père Abbé de Solesmes préside le chapitre d’élection d’une nouvelle abbesse et confirme le choix des moniales : Mère Claire de Sazilly. Celle qui exerçait jusqu’alors la fonction de maîtresse des novices devient la sixième abbesse de Sainte-Cécile.

Le 8 septembre 2011, en la fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, Monseigneur Yves Le Saux, évêque du Mans, lui confère la bénédiction abbatiale au cours de la messe pontificale en l’église abbatiale de Sainte Cécile.

Mère Claire a choisi comme devise d’abbatiat : « Ecce » : me voici. A la suite du Christ qui, entrant dans le monde, a dit : « Me voici – en latin : ecce venio -, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté », à l’imitation de la Vierge Marie qui répondit à l’Ange Gabriel : « Voici la servante du Seigneur – ecce ancilla Domini – elle désire être entièrement accueillante et disponible au Seigneur et à l’accomplissement de son œuvre.

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