Nouvelles de la communauté Sainte-Cécile de Solesmes

Nouvelles de l'année 2020

Avant de parcourir les événements marquants de l’année 2020 à Sainte-Cécile, mentionnons une belle visite qui a marqué la fin de l’année 2019 et laissé une impression profonde sur la communauté : le 28 décembre, en la fête des saints Innocents, le cardinal Philippe Barbarin, invité par le Père Abbé à passer Noël à l’abbaye Saint-Pierre, vient à Sainte-Cécile chanter la messe, puis rencontrer la communauté dans l’après-midi. Quand on sait les difficultés qu’il traverse alors, nous sommes frappées de son humilité : toute sa personne respire le pardon, la paix, et l’amour qu’il porte à son diocèse de Lyon, à l’Église et au Saint-Père. Il prend la peine de saluer chaque moniale, avec une attention particulière envers nos anciennes qui en sont très touchées.

Le 1er janvier, en la solennité de la Mère de Dieu, dom Louis-Marie Couillaud, moine de Saint-Pierre, ordonné en la fête de la Sainte-Famille, célèbre une première Messe chez nous. Nous le rencontrons au grand parloir, pour recevoir sa bénédiction de nouveau prêtre et l’entendre parler de ses responsabilités : l’enseignement de la théologie fondamentale et de la morale, les archives.

Quelques jours plus tard, Mère Abbesse se rend dans l’île de Wight en Angleterre à l’abbaye Pax Cordis Iesu pour faire la visite canonique avec le Père Abbé de Notre-Dame de Quarr. Elle découvre ainsi le lieu de notre exil au début du XXème siècle, où notre Abbesse fondatrice a vécu ses dernières années.

Puis le Père de la Soujeole, dominicain, nous donne une très belle session, en quatre conférences, sur l’obéissance, complétant ainsi celles des années précédentes sur la chasteté et la pauvreté. Avec grande clarté, il évoque le dilemme de la pensée moderne : liberté ou obéissance, puis nous présente l’obéissance comme vertu sociale au service du bien commun et comme expression de la dignité humaine. Il développe ensuite son étude en traitant de l’obéissance comme vertu naturelle, puis comme vertu chrétienne, avant d’arriver à l’obéissance comme vœu.

En ce mois de janvier s’ouvrent divers chantiers. Tout d’abord une plantation de chênes rouges d’Amérique dans une allée située en contre-bas de la cour d’honneur, destinés à remplacer des marronniers arrachés en décembre. Plus loin, dans une prairie, de jeunes arbres de diverses essences devraient à l’avenir nous isoler davantage du bourg. Avec la sécheresse de l’été, ils devront être copieusement arrosés. Parallèlement, ce sont les installations électriques vétustes qu’il faut refaire peu à peu : en début d’année, l’électricien s’attaque à un long couloir et aux cellules adjacentes. Enfin, le ravalement de deux façades qui s’est avéré urgent, est entrepris durant la même période.

 

Au mois de février, nous recevons au grand parloir Mademoiselle Aline Lizotte pour lui exprimer notre gratitude par une petite séance festive. Elle vient en effet d’achever une longue série de cours de théologie morale, entamée il y a une vingtaine d’années. Nous gardons dans notre mémoire sa générosité et son enthousiasme communicatif.

À la fin du mois, nous accueillons les maîtresses des novices de Notre-Dame de Wisques et de St-Michel de Kergonan, venues participer à une session de formation justement donnée par Mademoiselle Lizotte, ainsi que Mère Prieure de Sainte-Marie-des-Anges qui vient se reposer un mois et boire à la source solesmienne. Notre Mère Prieure s’envole en sens inverse pour aider nos sœurs martiniquaises pendant ce temps… Nul ne savait alors que le coronavirus viendrait entraver les retours ad propria… Tous les avions sont supprimés dans les deux sens. Il faudra attendre jusqu’au mois de juin pour que les deux prieures se rencontrent à Roissy, échangent quelques mots à peine, avant de reprendre chacune le chemin de son monastère.

Inutile d’épiloguer longuement sur cette fameuse pandémie qui fait souffrir tant de personnes. Disons seulement que grâce à Dieu, la communauté n’a, jusqu’à présent, pas été touchée par le virus. Certaines conséquences des confinements – intensité du silence, solitude plus grande – nous permettent de vaquer à une prière assidue. Grâce à la proximité de nos frères moines, la célébration quotidienne de la messe n’a pas été interrompue et nous prenons une plus vive conscience de la grâce qu’elle constitue au cœur de nos journées, ainsi que de notre responsabilité devant Dieu, au moment où tant de personnes sont privées de la réception des sacrements. Les malades et ceux qui les soignent prennent une place toute particulière dans notre prière d’intercession, notamment lorsque le 27 mars, nous prions avec le Saint-Père, lors de l’impressionnante cérémonie sur la place Saint-Pierre complètement déserte, et recevons la bénédiction Urbi et Orbi. La liturgie de la Semaine Sainte et de Pâques se déroule dans une stricte sobriété, mais est très belle et prenante.

Nous profitons de cette période plus calme pour regarder un documentaire sur le sauvetage de la cathédrale de Paris : « Sauver Notre-Dame ». Ce très beau film inspire notre Mère Abbesse qui nous donne ensuite une conférence sur l’art de bâtir non pas une cathédrale, mais une communauté monastique !

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Des jubilés d’or de profession sont à mentionner aux deux extrémités du printemps : le premier, celui de Sr Marie-Pierre Mariotti qui est originaire de Marseille, s’inscrit dans la solennité de l’Annonciation. Le Père Abbé, sans ministre, chante la messe dans notre église, vide mais ruisselante de lumière et de fleurs. Le rite du jubilé est parfaitement accompli ; la jubilaire couronnée de roses et de lys est visiblement heureuse. C’est l’occasion, à la récréation, de faire revivre en quelques traits saillants et amusants, certaines des 25 moniales – en particulier des fondatrices – issues de Marseille, qui ont précédé Sœur Marie-Pierre à Sainte-Cécile.

 

L’autre jubilé d’or, celui de Sr Christiane Debaize, se déroule en la solennité du Sacré-Cœur. Cette fois-ci, quelques ministres peuvent entourer le Père Abbé. La récréation festive de l’après-midi met sous nos yeux une magnifique figure de l’Histoire de France : Madame Elisabeth, petite sœur de Louis XVI, qui est très aimée de la jubilaire. Les deux belles journées se sont déroulées dans une joyeuse atmosphère familiale.

Au cours de la semaine de Pâques, notre chère Mère Abbesse émérite a un gros accroc de santé réclamant des hospitalisations et des opérations, rendues d’autant plus pénibles que le confinement empêchait toute visite. Elle est revenue au monastère, certes affaiblie, mais heureuse de se retrouver au milieu de sa communauté. Peu à peu elle reprend des forces. Elle occupe désormais une cellule à l’infirmerie, mais elle peut venir chaque jour à la messe et aux vêpres au chœur, ainsi qu’à notre récréation commune.

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La grosse chaleur des mois d’été est bénéfique pour le jardin : les foins sont effectués en un temps record, le raisin peut être bénit avec une dizaine de jours d’avance… Mais des frelons asiatiques ont établi leurs demeures en plusieurs endroits et surtout non loin de la vigne où se situe leur meilleur régal…  

 

Un lot de trois jeunes veaux vient grossir le troupeau à la fin de l’été pour la joie des promeneuses, avant que leurs aînés ne fassent celles des dégustatrices.

Au cours des vacances, plusieurs évêques amis et habitués de Solesmes rencontrent la communauté et nous confient leur ministère et leurs intentions :  Mgr Descubes, Mgr Raffin, Mgr Rougé et Mgr Aumônier. En novembre, Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, nous parle spécialement du Père Hamel, mais aussi de l’urgence de la conversion personnelle en ces temps troublés. Au mois d’août, c’est Dom Ange-Marie Niouky, abbé émérite de Keur-Moussa, qui nous réjouit de sa présence.

 

Le 15 août, grande joie pour S. Johanna Garreau : son neveu, Don Paul-Alexandre, de la Communauté Saint-Martin, qui vient de recevoir le diaconat en vue du sacerdoce, remplit pour la première fois à Sainte-Cécile son ministère de diacre et nous gratifie d’une belle méditation sur le mystère de l’Assomption.

 

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L’après-midi de ce jour, comme chaque année, nous nous rendons en procession dans le jardin au chant des litanies de Notre-Dame, jusqu’à sa statue appelée Virgo virginum, étincelante de blancheur, grâce au noviciat qui juste auparavant, l’avait décapée et repeinte avec succès.

La fête de la Nativité de Notre Dame est particulièrement fastueuse : un bon nombre d’années après sa profession comme oblate, Sr Anne Letort avait accueilli comme un cadeau inattendu la possibilité offerte par le dernier Chapitre des Abbesses de recevoir la consécration des vierges.

Nous célébrons aussi aujourd’hui le 9ème anniversaire de la bénédiction abbatiale de notre Mère Abbesse et le jubilé d’argent de profession de Sr Agnès Sagon. Tous les cœurs sont donc à l’unisson pour rendre grâces. Notre évêque, Mgr Le Saux, préside la messe et confère la consécration à Sœur Anne. Celle-ci chante les antiennes qui lui reviennent comme une jeune mariée et sa joie nous gagne toutes. Et nous savons faire plaisir tant à Mère Abbesse qu’aux deux autres héroïnes du jour en leur présentant à la récréation une audition du Magnificat extrait des Vêpres de Monteverdi, illustré par la projection de fresques de Fra Angelico.

 

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Le 21 septembre, nous avons la grâce de recevoir pour les vêpres Mgr Le Saux qui, comme chaque année, réunit pour une journée son presbyterium à Solesmes. Pour la première fois la réunion s’achève à Sainte-Cécile, en présence de Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, dont le diocèse du Mans est suffragant. Mère Abbesse avait été sollicitée pour expliquer notre manière propre de participer aux orientations du récent synode diocésain, en tant que moniales cloîtrées. C’est ainsi que débute la rencontre au chœur, où la communauté est aussi présente. Notre Mère, avec un brin d’humour, fait part de notre méconnaissance de la configuration du diocèse jusqu’à ces dernières semaines, et comment le thème retenu pour sa fête du 11 août : La découverte de la Sarthe, avec une carte dessinée par le noviciat à l’appui, avait pallié cette fâcheuse impéritie. Suit un parallèle entre la Règle de saint Benoît et les quatre orientations fondamentales du récent Synode diocésain, avant que notre évêque ne débute le chant des vêpres par un vibrant « Dieu, viens à mon aide ! »

 

Durant l’été, le Père Abbé commence une série de conférences sur la gloire. Dom Batllo reprend son enseignement de patrologie en traitant de saint Cyprien face à la pandémie de 251 à 269, nous montrant que dans un contexte d’insalubrité et de mortalité bien plus tragique qu’à notre époque, l’évêque de Carthage a su inaugurer un admirable courant de charité chrétienne. Les entretiens suivants traitent de saint Jean Chrysostome.

 

Puis fin août, le Père Olivier-Thomas Venard, dominicain, poursuit l’exégèse des derniers chapitres de l’Evangile selon saint Matthieu : les femmes, témoins oculaires de l’ensevelissement de Jésus, sont les premières messagères de sa résurrection.

 

Parmi les personnes reçues en notre hôtellerie, les jeunes filles venues participer à nos petites retraites de discernement de l’été et de la Toussaint repartent non seulement reconnaissantes pour ce qu’elles ont reçu et découvert, mais aussi débordantes d’enthousiasme !

 

À la fin de cette année, nous apprenons que les modifications de nos Déclarations – texte législatif visant à préciser certains points de la Règle de saint Benoît pour les moniales de la Congrégation de Solesmes – ont reçu l’approbation romaine. C’est le fruit du Chapitre des Abbesses de 2019 et la fin d’un long travail de mise à jour en réponse aux directives de l’instruction Cor orans, promulguée en 2018 par la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique sur la vie contemplative des moniales.

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